Bizarre, vous avez dits bizarre ces blancs

Et oui, 5 « muzungus » (le blanc, en langue locale) à vélo, casqués et par dessus tout avec un vélo accroché à l’arrière d’un autre vélo, ça fait office de « bizarerie » aux yeux des ougandais. Éclats de rire accompagnés de salutations amicales nous donnent du courage lors de nos sorties vélo. On en a bien besoin vu le profil accidenté de la région.

Le manque, boussole pour nous guider vers l’essentiel !

Edito un peu particulier pour ce mois de mai, résultat d’une réunion de rédaction particulière. Plutôt que de discuter de ce qui nous avait marqué durant le mois écoulé, notre réunion fut l’occasion d’un « café philo » autour de l’expérience du « manque ». Car s’expatrier, quitter ses racines, ses habitudes, son confort, c’est aussi se frotter par moment au « blues ».

Mais le manque, c’est quoi ? Une émotion, un sentiment ?

Lola nous permet d’y voir plus clair : « Une émotion c’est quelque chose que tu ressens sur le coup. Comme content, pas content ». Et Anna-Lou de compléter « Le manque, ça peut rester longtemps », La notion de durée est de fait une différence entre émotion et sentiment. Car renseignement pris, on découvre qu’une émotion est une réaction physiologique spontanée face à une situation particulière, là où le sentiment est une construction mentale. Nous décidons donc de classer le manque du côté des sentiments, tout en s’amusant à nous rappeler les 7 émotions de base qui existent : la joie, la peur, la tristesse, la colère, la honte, le dégoût, la surprise.

Cette distinction nous permet de mieux comprendre la participation très relative de notre Romain à cette réunion de rédaction. Le manque est peut-être une construction mentale dont on est « préservé » avant un certain âge ?

Mais comment avons-nous les uns les autres expérimenter le manque depuis notre départ de Belgique ? Qu’est-ce qui nous manque le plus ?

La première réponse spontanée semble transcender les âges. A Anna-Lou qui s’écrie « Mes amis, mon école », Lola répond « Pour moi, c’est l’amitié et la famille. Il y a une grosse différence entre l’amitié en Belgique et en Ouganda », et Géraldine et Denis de compléter par  « Partager le quotidien de nos amis, de nos familles ».

Puis, ça part un peu dans tous les sens : « Il y a aussi le chocolat, dans le manger et les gros toboggans à la piscine » (Anna-Lou), « Oui, le chocolat et les bonbons. Mais aussi les livres et c’est aussi plus compliqué de trouver du matériel de bricolage » (Lola), « Un accès facile et varié à la culture » (Géraldine), « Le fait de pouvoir pratiquer régulièrement un sport collectif comme le football » (Denis).

Mais en fait, « il y a du pour et du contre dans chaque pays » (Lola) et « parfois il y a des choses mieux dans un pays que dans un autre » (Anna-Lou). Puis on se rend aussi compte qu’il y a aussi des choses qui ne nous manquent pas. Au fait, en Belgique on avait une télévision ?

Tiens donc, le manque est-il toujours négatif ou peut-il nous apprendre quelque chose ? Sans doute, aurions-nous eu des réponses très différentes et une liste bien plus longue si on avait eu cette discussion il y a 6 mois de cela. Le manque,  avec le temps qui passe, deviendrait donc comme une boussole qui nous guide vers l’essentiel, qui nous aide à savourer plus intensément ce qui nous nourrit en profondeur.

C’est vous dire comme on se réjouit de passer du temps avec les uns les autres en juillet lors de notre premier retour en Belgique (on restera grosso modo tout le mois de juillet). Et oui, nos tickets sont bookés !

Et pour le reste de cette édition du Trait d’Union :

  • Dans le « Coin des lecteurs », découvrez quelques pépites de la littérature africaine.
  • Grâce au « Coin des routards », le concept de « lazy camping » n’aura plus de secrets pour vous.
  • Dans le « clin d’œil photo », vous verrez comment une famille de « muzungus » (les blancs en langue locale) fait rire les ougandais.
  • Du côté du « Zoom de la coopération », retrouvez un extrait du dernier numéro de Transitions, trimestriel édité par Iles de Paix, qui résument les premières avancées enregistrées sur le terrain en Ouganda.
  • Et pour les amateurs de dessins, aller faire un tour du côté de « L’écho du Nord » pour découvrir l’œuvre de Joseph (un ami d’Anna-Lou, de son école en Belgique) ou encore des oiseaux particuliers dans le « Coin des artistes ».

Et comme le veut la tradition, vous pouvez aussi découvrir notre mois d’avril en images via le lien suivant :

https://www.dropbox.com/sh/oypke4lw39qzu6g/AAA6AMbZ9Sho8v3vhMZ3QNZYa?dl=0

Bonne lecture !

La HEES Family

La déforestation racontée aux enfants

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Un livre sans texte, mais pas sans message. Les dessins parlent d’eux-mêmes et permettent à l’enfant de se construire son histoire. Voici celle d’Anna-Lou :

« C’est l’histoire d’un Monsieur qui voulait toujours faire plus de maisons. Il en fait tellement que l’éléphant ne sait plus où se cacher. Il y a de moins en moins de nature. Et comme l’éléphant est un herbivore, il est obligé de s’en aller »

De la CTB à ENABEL, du siège au terrain !

En juilllet 2017, je quitte la CTB… et en Janvier 2018 je retrouve ENABEL. Nouveau nom pour l’Agence Belge de Développement, nouveau point de vue aussi. Après plus de 2 ans passés au siège, je découvre les joies du terrain (https://www.facebook.com/EnabelinUganda/). C’est ainsi que j’ai rejoint l’équipe du projet SSU : Support Skilling Uganda. Composé de plus ou moins 80 collaborateurs, l’équipe œuvre au côté du Ministère Ougandais de l’Education et du Sport à promouvoir l’enseignement technique et professionnel.

L’idée est de rapprocher les écoles techniques et le secteur privé afin que les élèves puissent acquérir des compétences qui leur garantiront un emploi une fois diplômé.  Le projet se déroule dans 3 régions différentes de l’Ouganda : dans la région Albertine-Rwenzori (ici à Fort Portal), dans la région du Nord-Ouest (plus particulièrement dans et aux alentours des camps de réfugiés) et dans la région de Karamoja (situé au Nord-Est).

Parmi les outils et les différentes activités qui visent à soutenir la création de partenariat public-privé (PPP), le projet pilote un fond – le Skilling Developement Fund – qui, à terme, est censé être entièrement géré par le Ministère de l’Education Ougandais. Ce fond favorise la création de PPP grâce à l’octroi de subsides à une « joint-venture » entre un centre de formation et une entreprise (https://www.facebook.com/SkillsDevelopmentFund/).

Et c’est là que j’interviens. L’octroi de subside se réalise au terme d’un appel à propositions. Ensuite, la mise en œuvre des subsides nécessite un suivi plus ou moins important en fonction de la capacité des bénéficiaires. Ensemble avec mes collègues, nous nous assurons que le processus de sélection, la contractualisation et la mise œuvre se réalisent correctement.

Il s’agit d’un travail concret qui mêle à la fois le juridique, le financier et l’atteinte des résultats. Le travail est varié et les collègues très sympas. Je suis principalement basée à Fort Portal mais des déplacements réguliers sur Kampala ou dans les autres régions d’intervention sont au programme. Bref, les défis ne manquent pas et je suis très heureuse de me lancer dans cette nouvelle aventure professionnelle. La suite lors de nos prochaines éditions.

Un air de Fagnes flotte sur Bigodi

Le village de Bigodi est situé à une quarantaine de kilomètres de Fort Portal, juste à la sortie de la « Kibale Forest » réputée pour sa communauté de chimpanzés. Il abrite une vaste zone de marais qui joue un rôle déterminant au niveau écologique. Depuis 25 ans, des membres de la communauté ont lancé un projet d »éco-tourisme communautaire » pour assurer la sauvegarde de patrimoine, tout en générant des revenus qui permettent à la communauté de développer divers projets.

Pour se faire, ils ont tracé un magnifique parcours de 5 km de randonnée, principalement réalisée en caillebotis, qui permet d’admirer cette flore particulière (comprenant notamment de belles plantations de papyrus) abritant également une riche faune (8 espèces de primates, près de 150 espèces d’oiseaux et des papillons en pagaille). Une équipe de 7 guides nature a été formée parmi la communauté pour gérer le projet.  La ballade en compagnie de l’un d’eux permet de bien comprendre les dispositifs communautaires mis en place pour assurer la durabilité du projet. A visiter à coup sûr si vous êtes de passage par ici.

Le bonheur est dans les prés !

Le vortex polaire qu’a affronté la Belgique en ce mois de mars a-t-il soufflé jusqu’en Ouganda ? L’équipe de rédaction du Trait d’Union a en tous cas quelque peu hiberné ces dernières semaines. Nos dernières nouvelles remontent en effet déjà à début février. Pas mal d’eau a donc coulé sous le pont depuis notre dernière édition.

Tandis que le froid était au centre des conversations en Belgique, ici c’est le retour de la pluie qui alimentait le cours de la vie. Dans une région où près de 90% de la population vit de l’agriculture, la pluie est une bénédiction. Son retour, après deux mois de saison sèche, suscite l’effervescence. Chaque signe de la nature fait l’objet de spéculations pour répondre à ces questions cruciales : Quand démarrer les semis ? La saison des pluies sera-t-elle longue ? Les pluies seront-elles régulières ? A ce jeu-là, la connaissance des anciens est valorisée. En ce mois de mars, le bonheur était donc dans les prés. Les paysans, telles des artistes peintres, semblant au gré des pluies, redonner aux collines leur verdoyance éclatante !

Pour vivre cela plus intensément, nous nous sommes également prêtés au jeu avec l’ambition de profiter de cette saison de pluies pour développer sensiblement notre potager. Laitues, carottes, petits pois, haricots, tomates, maïs, concombres, potirons, poireaux, potimarons, épinards, fraises, radis, oignons, basilic, persil, menthe, roquette, tournesols se partagent joyeusement l’espace. Sans oublier un magnifique parterre de f de fleurs de « Kokeshi » plantées par Anna-Lou.

Au niveau familial, l’événement majeur de ces dernières semaines fut sans conteste l’anniversaire de notre Anna-Lou qui, cerise sur le gâteau, a pu souffler ses 7 bougies en présence de ses grands-parents Pépilo et Nanou « conteuse ». Vous découvrirez aussi dans le coin des artistes, le « bricolage nature » réalisé par Anna-Lou et ses amis lors de sa fête d’anniversaire.

Recevoir des visiteurs, c’est aussi pour nous l’occasion de voir à travers eux ce qui les émerveille, les surprend, les questionne dans leurs découvertes de l’Ouganda. Nature et écologie étaient les premiers mots qui venaient à la bouche des parents de Denis. Safari dans le parc national Queen Elizabeth, nuitée dans la Kibale Forest, randonnée dans les montagnes furent au programme de leur séjour, ainsi que la découverte d’un bien chouette projet d’éco-tourisme dans les marais de Bigodi (plus d’infos dans le coin des routards).

Les deux mois écoulés furent aussi l’occasion pour Géraldine de trouver ses marques dans son nouveau boulot (voir le Zoom de la Coopération) et à la famille d’ajuster en conséquence son organisation. Les choses se mettent plutôt bien en place !

A noter aussi une brochette de belles rencontres : Nancy, collègue d’Iles de Paix, passionnée par les arbres et l’agroécologie en général,  venue passée 10 jours ici ; Julia, la maman d’un élève de la classe d’Anna-Lou, passionnée par les oiseaux et les papillons, vivant au milieu de la forêt ; Niels (collègue de Géraldine) et sa famille qui viennent de s’installer en Ouganda.

Petit tour d’horizon de l’état des troupes :

Romain : «C’était super la ronde des cadeaux pendant l’anniversaire d’Anna-Lou ! J’ai bien aimé aussi aller voir les amis à Kampala.»

Lola : « J’ai bien aimé revoir Pépilo et Nanou. Ca faisait quand même longtemps qu’on les avait plus vu. J’aimais bien avoir mes moments avec eux. La scène des éléphants (à propos d’éléphant, voir aussi le coin des lecteurs) au Queen Elizabeth était aussi un moment fort. »

Anna-Lou : « J’ai adoré ma fête d’anniversaire ! C’était aussi génial d’aller voir les animaux tôt le matin, en même temps que le soleil se levait »

On vous laisse sur un résumé photos des semaines écoulées :

https://www.dropbox.com/sh/ni6ycfj17dbsamd/AAClit700mH3bnyeIK9bd-Qoa?dl=0

Joyeuses cloches de Pâques à tous !

La HEES Family

Les Cranes ou les Diables ougandais

Au Burkina, ils ont les étalons. En Côte d’Ivoire, ils ont les éléphants. Au Cameroun, ils ont des lions indomptables.

Les Ougandais, eux, sont fiers de leurs « Cranes » .

Cet oiseau, Crested Crane (ou Grue Royale), est le symbole national du pays et le surnom donné aux joueurs de l’équipe nationale de foot. Il est également représenté au centre du drapeau ougandais, par ailleurs, Noir-Jaune-Rouge (tiens, tiens). Le noir symbolise le peuple africain, le jaune le soleil et le rouge la fraternité entre les peuples africains (rouge du sang commun à tous ces peuples). La grue était l’insigne militaire de soldats ougandais au sein du Royaume-Uni. Aujourd’hui cet oiseau représente la beauté et la sérénité de l’Ouganda. Ces oiseaux ont également la particularité d’être des oiseaux monogames qui vivent en couple pour la vie ! C’est vrai que lorsque nous les voyons voler dans le ciel de Fort Portal, ils sont toujours par deux. Si ce n’est pas beau ça 😉

Voici leur portrait, fort bien réussi (c’est les parents qui parlent ;-), réalisé par Lola, Anna-Lou et Romain :

Matatu, le covoiturage ougandais !

Le Matatu est un minibus servant de transport en commun en Ouganda. Prévu à la base pour 9 à 12 places, ils embarquent en réalité plutôt 23 à 25 personnes (5 rangées de 4 personnes à l’arrière et 3 personnes à l’avant). Ils sont blancs avec des lignes bleues et bien souvent une touche personnelle de leur propriétaire à l’arrière ! Leurs chauffeurs sont les rois de la route, prêts à s’arrêter n’importe où et n’importe quand pour embarquer ou débarquer un passager. Ils filent à toute allure et ne respectent que très rarement le code de la route. Vous voilà prévenu !

Ce fut aussi le moyen de locomotion emprunté par Lola et Anna-Lou pour se rendre à Kampala avec leur école. Une aventure sur toute la ligne (et un petit stress pour leurs parents). Mais l’ambiance était au rendez-vous et les souvenirs aussi 😉 Malheureusement, nous n’avons pas de photos de leur voyage en Matatu privatisé pour les enfants de l’école.  Mais voici quelques illustrations prises dans les rues de Fort Portal.